
Moins de plastique dans les vignes, l’innovation durable Agrafes Viti 4.0
Lauréate du Trophée Transition aux Talents de l’Innovation 2025 du Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne, la start-up icaunaise Agrafes Viti 4.0 incarne une idée aussi simple qu’efficace : remplacer le plastique dans les vignes par du bois biodégradable. Une innovation née sur le terrain, portée par une histoire de famille, et qui commence à séduire bien au-delà de Chablis.
Quand l’évidence s’impose
Il y a des non-sens qui durent et s’accrochent fermement. Chaque printemps, des millions d’agrafes en plastique ou en acier sont posées dans les vignes françaises pour maintenir la végétation dans les rangs. Et chaque automne, beaucoup finissent au sol et s’y accumulent, déchet discret mais persistant. Jean-Claude Duval a vu ça pendant trente-cinq ans. Salarié au sein de la société de prestation viticole PSAV à Chablis, il a posé des agrafes, il en a ramassé, il a regardé les viticulteurs perdre du temps et de l’argent à récupérer ce plastique… quand ils ne le laissaient pas simplement pourrir dans la terre. « On me disait : il n’y a vraiment pas d’autre solution », se rappelle-t-il. Jean-Claude décide alors de la chercher lui-même et, en 2022, avec son ami Jean-Yves Desbordes, il crée la société Agrafes Viti 4.0 à Venoy, dans l’Yonne. L’agrafe qu’ils imaginent est faite de fibres de bois (sapin, bois blanc et châtaignier) provenant d’une scierie du sud de la France, dont les matières premières sont elles-mêmes issues du recyclage. Une fois tombée au sol, elle se décompose. Pas de ramassage, pas de microplastiques, pas de déchet à gérer.

Un atelier, une machine, 57 000 agrafes à l’heure
L’entrepôt de Venoy abrite aujourd’hui une machine unique, conçue sur mesure, capable de transformer des plaques de bois brut en agrafes finies. Chaque agrafe mesure 30 millimètres de large, autant de long, et la cadence est impressionnante : 57 000 agrafes par heure. Un débit qui dépasse largement les besoins actuels de la jeune entreprise, car sa capacité de production est estimée à plus de 500 000 agrafes par jour, pour un marché français évalué à environ 30 millions d’unités par an.
En 2025, 4 millions d’agrafes sont sortis de l’entrepôt, destinées à une centaine de clients, dont une quarantaine de viticulteurs dans l’Yonne. L’agrafe coûte un peu plus cher que le plastique, 57,50 euros le carton de 5 000 unités, mais elle séduit par sa praticité. Des maisons comme Albert Bichot à Beaune ou le domaine Laroche à Chablis l’ont adoptée, convaincues notamment d’y gagner 20 % de temps au décrochage. Mais le graal est décerné par l’Ademe, quand l’agence française de la transition écologique décrit l’agrafe comme « l’outil avec le meilleur bilan carbone du marché français ». « Les viticulteurs posent du bois et ne s’en préoccupent plus, parce que le bois tombera par terre. Alors que le plastique doit être récupéré, donc des heures salariales en plus pour aller récupérer toutes ces agrafes dans la vigne, ou il reste au sol… et on connaît les dégâts des microplastiques », explique Justine, la fille de Jean-Claude aujourd’hui responsable administrative et commerciale de la structure, qui a naturellement candidaté aux Talents de l’Innovation.

Trophée Transition aux Talents de l’Innovation 2025
Ainsi, le 25 novembre 2025 lors de la 3e édition des Talents de l’Innovation à la Burgundy School of Business de Dijon, Agrafes Viti 4.0 repart avec le Trophée Transition dans la catégorie Agriculture/Viticulture, concours organisé par le Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne et le Village by CA Champagne-Bourgogne. Mais ce n’était pas le seul prix de la saison pour la famille Duval. Le dimanche 8 février 2026, au salon Wine Paris organisé Porte de Versailles, la start-up a remporté le V d’Or de la meilleure innovation vins, une distinction internationale qui, pour Justine, donne à leur innovation « une légitimité supplémentaire au sein du secteur viticole », mais aussi une visibilité à l’export. Puis, le 10 février dernier, Agrafes Viti remporte un troisième prix lors d’un autre concours dédié aux innovateurs.
La commercialisation a démarré naturellement sur les terres du Chablisien. Aujourd’hui, les agrafes s’exportent du côté de Bordeaux, dans le Jura, en Alsace, en Champagne, mais aussi au Portugal et en Suisse. L’ambition, à terme, est d’atteindre le plus grand nombre d’hectares de vigne possible, en France d’abord, et peut-être un jour à l’échelle de l’Europe tout entière.








