Changement climatique : le Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne s’engage aux cotés des agriculteurs

Publié le 29/09/2026

Changement climatique : le Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne s’engage aux cotés des agriculteurs

À l’occasion d’une rencontre organisée le 23 septembre au Trianon du château d’Arcelot, le Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne a réuni experts et acteurs du monde agricole pour dresser un état des lieux sans détour : l’agriculture française conserve de solides atouts, mais doit affronter simultanément le changement climatique, la volatilité des marchés et le renouvellement des générations. 29 milliards d’euros les investissements seraient nécessaires d’ici 2050 pour préserver la rentabilité des exploitations.

spectateurs rassemblés regardent une présentation ppt
Plusieurs études ont été présentées pour comprendre les enjeux des années à venir.

Une rencontre pour anticiper l’avenir de l’agriculture française

Pourquoi une banque régionale organise-t-elle une rencontre sur « l’avenir de nos agricultures » ? Emmanuel Vey, directeur général du Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne, a répondu d’entrée : « Le Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne a été créé par des agriculteurs, pour des agriculteurs. Cet ADN-là ne s’est jamais dilué. » Alors, dans une « période de crise pour le monde agricole », il a semblé essentiel à la direction bipartite de la Caisse régionale de montrer son implication.

Une journée de « diagnostic partagé » qui a rassemblé Vincent Chatellier, ingénieur de recherche en économie agricole à l’Inrae (Institut national de la recherche agronomique), Thierry Blandinière, directeur général d’InVivo, et Jean-Pierre Touzet, directeur du pôle Agri-Agro, Garantie et Capital développement de Crédit Agricole S.A. sous la houlette du journaliste Berty Robert. Éric Vial, président de Crédit Agricole S.A. et de la Fédération nationale du Crédit Agricole, était présent pour témoigner de l’engagement du groupe.

Agriculture française : des atouts réels, mais sous pression

Le premier constat, dressé par Vincent Chatellier, est venu rappeler des faits importants que la conjoncture actuelle ne doit pas faire oublier : L’agriculture française conserve des cartes maîtresses. Avec une organisation professionnelle historiquement forte, un potentiel agronomique important, une superficie agricole conséquente et un foncier moins cher que dans plusieurs pays européens, la base est solide. S’y ajoutent des agriculteurs capables d’innover, une offre alimentaire abondante et diversifiée, l’attrait de jeunes générations pour des métiers qui ont du sens et, enfin, l’attachement d’une partie des consommateurs aux produits français.

Mais ces atouts sont pris en étau. Changement climatique, prix erratiques, coûts de production en hausse, concurrence internationale, transformation des débouchés et recul du nombre d’exploitations : la liste des pressions est longue, et elles s’exercent toutes en même temps.

Changement climatique : un enjeu devenu économique

Le réchauffement n’est plus une menace lointaine. Les émissions mondiales annuelles de gaz à effet de serre ont progressé de 62 % entre 1990 et 2023. En Bourgogne, l’évolution se lit déjà dans le calendrier : moins de jours de gel, davantage de jours estivaux. Les données présentées font aussi état de baisses de production en 2026 pour plusieurs grandes cultures et pour le vin.

Face à cela, deux réponses ont été présentées comme complémentaires. L’atténuation des impacts de l’agriculture  d’une part, pour réduire les émissions en agissant sur l’azote, sur l’alimentation et la productivité des élevages, sur la gestion des effluents, et renforcer le stockage du carbone dans les sols et les prairies. L’adaptation ensuite, qui consiste à faire évoluer les exploitations : sols mieux struturé, biodiversité, stocks de fourrage, moindre dépendance aux intrants, diversification des productions, gestion plus efficace de l’eau et, quand c’est possible, irrigation.

quatre intervenants discutent sur une scène
Une table ronde était organisée avec Laurent DELAUNAY, Président BIVB, Thierry BLANDINIERES, Directeur Général de InVivo, Vincent LAVIER, Président de la Chambre Régionale d’Agriculture BFC et Christophe MONNOT, agriculteur Marsannay-le-Bois

Volatilité des prix et transformation des exploitations agricoles

Mais le climat n’est pas seul en cause. Les prix agricoles fluctuent au gré du coût de l’énergie et des intrants, de la météo, du niveau des stocks mondiaux, de la demande, des taux de change et des restrictions commerciales, autant de variables que les tensions géopolitiques peuvent amplifier.

Toutes les filières ne réagissent pas de la même façon. Certaines productions et certains cheptels, les bovins notamment, reculent, tandis que la France reste très présente sur les marchés internationaux. Elle exporte massivement, mais dépend fortement des importations pour certaines catégories de produits.

Alors les exploitations se transforment. Leur nombre baisse, elles se concentrent, leurs structures juridiques évoluent, et les écarts de revenus entre elles sont considérables. Aujourd’hui, Vincent Chatellier identifie trois facteurs déterminants pour la performance économique : la productivité du travail, l’efficience productive et la capacité à faire face à la dette. Parmi les clés de réussite, il cite une installation correctement financée, la maîtrise des nouvelles techniques, la diversification des productions, le fait de privilégier des investissements créateurs de valeur, mais aussi l’agrandissement lors des transmissions, l’anticipation des risques et la sécurisation des débouchés.

L’étude « Résilience » : viser 2050 pour protéger la rentabilité

Dans le sillage de ce constat, Jean-Pierre Touzet, directeur du pôle Agri-Agro, Garantie et Capital développement de Crédit Agricole S.A., a ensuite présenté l’étude « Résilience », qui tente de mesurer concrètement ce que le changement climatique et les risques de transition feraient aux exploitations à l’horizon 2050. Réalisée sur 15 productions agricoles, 96 départements, plus de 600 paramètres et une vingtaine de leviers d’action, elle a été conçue sur le scénario retenu d’une « transition retardée », avec un réchauffement mondial de +2,3 °C en 2050 et +4,7 °C en 2100.

Son message est net : ne rien faire coûte cher, s’adapter peut rapporter. Pour les grandes cultures du Centre-Est, l’étude estime à 35 % la baisse de l’excédent brut d’exploitation (EBE) par hectare sans adaptation. Avec les leviers déployés à plein potentiel, l’EBE grimperait au contraire de 36 % par rapport au niveau actuel. Pour la grande culture du Berry, l’écart modélisé est encore plus marqué.

Or, ces leviers n’ont rien d’abstrait, au contraire. Pour les agriculteurs et viticulteurs, on parle ici d’une modification des assolements et des rotations, de nouvelles pratiques culturales, d’une agriculture de précision, d’une irrigation réfléchie, de l’amélioration génétique des plans, d’un usage développé du photovoltaïque, du développement de cultures intermédiaires à vocation énergétique (CIVE), de diversification et, parfois, de nouvelles activités d’élevage.

Reste une précaution à garder en tête : il s’agit là de résultats de modélisation, pas des prévisions. Les prix agricoles y sont maintenus constants selon une moyenne historique, les pressions futures des ravageurs, maladies et adventices ne sont pas intégrées aux rendements, et certains calculs supposent des leviers exploités à leur plein potentiel.

Jean-Pierre Touzet parle derrière un pupitre
Jean-Pierre Touzet, directeur du pôle Agri-Agro, Garantie et Capital développement de Crédit Agricole S.A. a présenté l'étude "Résilience 2050"

29 milliards d’euros d’investissements pour l’agriculture de demain

C’est le chiffre le plus marquant de l’étude : 29 milliards d’euros d’investissements seraient nécessaires avant 2050 pour atteindre le plein potentiel des leviers étudiés. Une trajectoire « a minima », visant seulement à récupérer l’EBE perdu du fait des risques climatiques, demanderait entre 16 et 23 milliards d’euros selon les scénarios.

Et les agriculteurs n’y parviendront pas seuls. Dans l’exemple d’une exploitation de grandes cultures du Centre-Est, un investissement de 434 000 euros, soit 2 000 euros par hectare, est modélisé. Environ 73 % pourraient être financés par l’endettement, mais les 27 % restants demanderaient d’autres mécanismes, commes des subventions, des garanties, des co-emprunts, des échéanciers plus longs ou des apports en capital. La question du financement et donc du rôle des banques, se retrouve ainsi au cœur du sujet.

Des solutions collectives, de la parcelle à la filière agroalimentaire

Mais la transformation ne pourra pas reposer sur les seules épaules de l’exploitant, les pistes esquissées mobilisent toute la chaîne agricole et agroalimentaire. Les plans d’action doivent être pensés par territoire et par filière. Le développement de cultures comme le chanvre, le lin ou le méteil nécessite une réflexion concertée. La sécurisation des filières les plus exposées est un enjeu qui concerne de nombreux acteurs, tout comme la nécessaire stratégie collective d’irrigation, l’accompagnement des transmissions et la consolidation des exploitations. Enfin, la science ne doit pas être oubliée, d’où la nécessité d’un renforcement de la recherche agronomique, génétique et technologique.

tristan lamy parle au micro devant une assemblée
Tristan Lamy, directeur Développement et Transition des Entreprises et Agriculture du Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne a présenté les engagements de la banque pour l'avenir.

Verdir l’agriculture, mais surtout la faire durer

Si un fil relie ces interventions, c’est celui-ci : l’enjeu n’est pas seulement de « verdir » l’agriculture, mais de préserver sa capacité de production et sa rentabilité en l’adaptant à des conditions nouvelles. Une trajectoire de résilience est techniquement envisageable, mais elle suppose des changements profonds dans les cultures, les pratiques, les équipements, les infrastructures, l’organisation des filières et des investissements massifs.

Emmanuel Vey l’avait annoncé en amont : « Notre rôle, ce n’est pas de subir ce constat, c’est de mettre toutes les perspectives autour de la table et de montrer comment nous pouvons agir. » Car le Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne n’a pas l’intention de rester spectateur des changements en cours. Comme l’a expliqué Tristan Lamy, directeur Développement et Transition des Entreprises et Agriculture : « Nous sommes la première Caisse régionale en nombre d’exploitations de plus de 200 hectares. En tant que banque leader, nous avons une responsabilité envers notre territoire. Nous devons casser notre modèle de relation pour accompagner l’agriculture dans ses trois transitions majeures : générationnelle, socio-économique et climatique. »

L’occasion d’annoncer une nouvelle entite. « Nous créons aujourd’hui une banque d’affaires agricole et viticole, afin d’apporter des solutions adaptées, des prêts structurés et des systèmes de participation financière, déjà utilisés dans les entreprises et qui arrivent aujourd’hui dans l’agriculture. Nous allons également faire évoluer nos métiers, notamment avec Agricampus, pour former nos équipes sur la stratégie de nos clients et accompagner les mutations du secteur sans se laisser surprendre. Dans ce contexte, l’utilisation accrue de la data et l’IA nous permettra de fournir des éléments d’aide à la décision et de mobiliser ainsi l’intelligence collective. »

Le groupe Crédit Agricole s’engage

Cette journée a aussi été l’occasion de rappeler l’engagement concret du Crédit Agricole face à ces bouleversements. Après plusieurs mois marqués par des vagues de chaleur successives et un déficit exceptionnel de précipitations, le groupe déploie un dispositif complet doté de 1,5 milliard d’euros pour accompagner les exploitations agricoles et viticoles.

Ce dispositif répond à trois urgences. D’abord, les besoins immédiats de trésorerie, avec le prêt « Coups-Durs Agri-Viti », qui peut atteindre 50 000 euros par exploitation, remboursable in fine sur une durée maximale de 48 mois. Ensuite, l’adaptation durable des exploitations face aux aléas climatiques, avec la création du « Coup de Pouce Adaptation Climatique Agri-Viti », un prêt à taux préférentiel pouvant aller jusqu’à 75 000 euros sur une à sept années, destiné à financer les équipements réduisant l’exposition aux événements extrêmes. Enfin, le renouvellement des générations, avec la prolongation jusqu’au 31 décembre 2027 du « Coup de Pouce PTZ Installation Agri-Viti », un prêt à taux zéro pouvant couvrir jusqu’à 35 % du financement d’installation, dans la limite de 50 000 euros, sur une durée pouvant atteindre 180 mois.

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