
La vannerie de Haute-Marne réinvente son avenir et son design
Depuis Fayl-Billot, capitale française de la vannerie, le Comité de développement et de promotion de la vannerie (CDPV) tresse bien plus que de l’osier : il façonne l’avenir d’un métier d’art millénaire. Récompensé en 2025 par le Trophée Transition des Talents de l’Innovation dans la catégorie Association, ce collectif de passionnés prouve que tradition et modernité font très bon ménage.
Un ancrage territorial fort, une ambition nationale
Nichée au cœur de la Haute-Marne, Fayl-Billot s’est imposée comme une capitale de la vannerie grâce à la culture de l’osier et à son artisanat, accueillant la seule École nationale d’osiériculture et de vannerie de France, fondée en 1905. C’est dans ce terreau unique qu’est né le CDPV, une association qui existe depuis plus de 25 ans. Maude Fougerolle, chargée de mission développement et vie associative au sein du comité, en décrit ainsi la vocation : « On fédère des vanniers sur tout le territoire national, mais on cherche aussi de nouveaux débouchés pour la filière et à faire évoluer le métier avec son temps. »
Ainsi, L’association fédère aujourd’hui plus de 45 vanniers français autour d’ambitions communes : développement de la filière osiéricole et vannière, aide à l’installation, recherche de nouveaux marchés et encouragement à l’innovation. Un maillage précieux dans une filière qui ne compte guère plus de 200 professionnels en France, concentrés en Haute-Marne et en Touraine, à Vilaines-les-Rochers.

Des moules en polymère de maïs pour repenser la création
Le tournant innovant du CDPV repose sur un outil aussi discret qu’essentiel : le moule de vannerie. « Les vanniers, pour tresser certaines formes complexes, s’appuient sur des gabarits qu’on appelle des moules de vannerie. Il en existe toute une variété que l’on a d’abord conservés », explique Maude Fougerolle. « L’association a ensuite choisi de les reproduire dans un matériau surprenant. Ça a l’air d’être du plastique, mais c’est du polymère d’amidon de maïs. »
Ce projet a vu le jour grâce à un partenariat avec l’École nationale supérieure d’art et de design de Nancy (ENSAD Nancy), qui implique chaque année de jeunes designers dans une démarche de cocréation avec les artisans. Le principe est simple mais efficace : les vanniers dialoguent avec les étudiants pour concevoir ensemble des moules adaptés aux contraintes du tressage. « Nos vanniers font un premier aller-retour avec les étudiants en leur disant : « c’est possible à la condition que tu envisages ton moule de telle sorte que je puisse piquer des brins dedans ou tresser autour. » » Résultat : « Tous les ans, il y a à peu près une douzaine de nouveaux objets qui sortent des ateliers de nos vanniers grâce à ce partenariat. »
Dépoussiérer l’image de la vannerie française
Derrière cette démarche technique se cache une ambition culturelle bien plus large. Pour Maude Fougerolle, l’enjeu est clair : « On aimerait vraiment que la vannerie française soit reconnue à juste titre comme une vannerie moderne, qui a évolué, et dépoussiérer un peu cette image qu’on a de la vannerie juste utilitaire, panier à provision et panier à bois. » La prochaine étape ? Sélectionner certaines des créations issues du partenariat avec Nancy pour les commercialiser. Le dynamisme du segment haut de gamme, voire de luxe, pour des objets contemporains de décoration et d’arts de la table, portés par un intérêt croissant pour l’artisanat, le made in France et le développement durable, pourrait permettre ce développement.

Une année 2025 riche en reconnaissance
Le Trophée Transition, remporté lors de la 3ᵉ édition des Talents de l’Innovation organisée par le Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne et Le Village by CA Champagne-Bourgogne n’est pas la seule distinction de l’année 2025, également été marquée par la labellisation du CDPV par la Région Grand Est en qualité de Pôle de compétences métiers d’art – vannerie, reconnaissance qui positionne la filière aux côtés des métiers du verre, de la céramique et du bois, ainsi que par l’obtention de l’Indication géographique « Vannerie de Fayl-Billot » délivrée par l’INPI.
Un triptyque de distinctions qui confirme que la vannerie de Haute-Marne ne tresse plus seulement de l’osier. Elle tisse, brin après brin, la reconnaissance qu’elle mérite.








