
Damien, l’électricien au chevet du vignoble chablisien
Les vignes de Chablis ont désormais un nouveau allié contre le gel printanier : un système de câbles chauffants. À l’origine de cette idée simple mais efficace, un artisan électricien de terrain, attaché à son territoire : Damien Bellat, lauréat du Trophée Transition dans la catégorie Artisanat/Commerce des Talents de l’Innovation 2025.
Un artisan au service de la viticulture
Au premier abord, rien ne prédestinait Damien Bellat à se retrouver au cœur des problématiques climatiques du monde viticole. Installé à Chablis, dans l’Yonne, l’artisan électricien s’est tissé un réseau de clients fidèles chez les particuliers, dans le secteur tertiaire et l’assistance technique auprès des viticulteurs. C’est en observant la souffrance des vignes lors des épisodes de gel printanier qu’il a soudain eu une idée.
« J’avais des copains qui perdaient leur récolte à cause du gel printanier dans les vignes. Là, j’ai pensé à mettre un câble chauffant pour protéger les bourgeons. Le produit existait déjà car ce sont des câbles dédiés au déneigement des toits de chalet en montagne. On a eu l’idée de les utiliser dans la vigne, de les accrocher pour que ça nous permette de garder les bourgeons hors gel. »
C’est cette transformation d’un équipement existant en une solution pratique contre le gel qui a valu à son entreprise, SARL Damien Bellat, le trophée « Transition » décerné lors de la cérémonie organisée par la Caisse régionale du Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne. Dans la catégorie Artisanat/Commerce, le jury a salué la simplicité et l’impact de cette innovation sur un enjeu crucial du territoire viticole.

Un gel printanier de plus en plus ravageur
Chaque printemps, les bourgeons de vigne sont particulièrement sensibles aux nuits froides. Une exposition à des températures négatives, à ce stade de pousses, peut entraîner la mort des bourgeons, et donc une perte totale ou partielle de récolte pour l’année. « En 2016-2017, on a eu deux années de gel et il y a eu une forte demande de nos produits puisqu’on s’est aperçu que ça fonctionnait bien », raconte Damien Bellat. En effet, les solutions traditionnelles — brûlage de paille, aspersion d’eau sur les bourgeons pour créer une couche protectrice de glace, ou encore l’utilisation de bougies ou de ventilateurs thermiques — ont toutes leurs limites, qu’elles soient logistiques, économiques ou environnementales. Cette adaptation électrique, simple à installer et à programme, représente un investissement financier initial dont la durabilité séduit les viticulteurs.

De la montagne à la vigne : un câble chauffant multi-usages
Le principe est conceptuellement simple : il s’agit de faire circuler de l’électricité dans un câble résistant pour générer de la chaleur autour des bourgeons. Dans la pratique, l’installation est conçue pour être autonome : « On programme une température et on dit : “à partir de tant de degrés, les systèmes se mettent en marche”, donc ils sont autonomes », explique Damien.
L’ingéniosité de son système tient moins dans la création d’un nouvel appareil que dans l’adaptation d’une technologie existante pour répondre à un enjeu agricole concret. Comme le souligne l’artisan, « le câble électrique, c’est quelque chose qui est plutôt écologique et propre. C’est une technologie qui ne peut pas être brevetée parce que je n’ai pas inventé quelque chose, mais je suis plutôt fier de cette nouvelle application. »
Son approche pragmatique fait écho à une tendance plus large dans l’innovation agricole. Aujourd’hui, la capacité à adapter des technologies plutôt qu’à inventer de toutes pièces peut devenir un facteur clé dans la résilience face au changement climatique. Dans le même esprit, d’autres innovations viticoles récentes récompensées lors des SITEVI Innovation Awards de la profession, mettent également l’accent sur la résilience et les adaptations pratiques aux aléas climatiques.

Impact local et ancrage territorial
Pour autant, Damien Bellat ne vise pas le rêve américain. Là où certains pourraient voir dans ce type d’innovation une opportunité de croissance à grande échelle, l’artisan adopte une approche différente, liée à son attachement au territoire chablisien. « Je ne l’ai pas souhaité. J’ai une petite entreprise, je suis lié à mes clients et je veux continuer à servir mes clients comme je le fais ! Ça passe par remplacer une ampoule comme protéger leur vigne. »
D’autant que le secteur lui offre déjà de nombreuses opportunités. À ce jour, « dans le chablisien, on en a installé plus de 40 hectares ». Et puis, le système n’étant pas brevetable, d’autres artisans s’y sont mis et des exemples similaires de câbles chauffants installés dans les vignes ont déjà été observés dans d’autres départements bourguignons.
Alors, pour Damien, être lauréat du Trophée Transition, catégorie Artisanat/Commerce des Talents de l’Innovation 2025 offre une reconnaissance qui va au-delà de l’équipement primé. Et à l’heure où de nombreuses initiatives en viticulture cherchent à renforcer la résilience des terroirs, des projets comme le sien montrent que l’innovation ne se résume pas à la « haute technologie » ou aux brevets internationaux, mais peut émerger d’une adaptation intelligente d’un objet répandu.







