
Omedys : la télémédecine qui met l’humain au centre du dispositif
Déserts médicaux, patients sans médecin traitant, urgences saturées… Face à une crise de l’accès aux soins qui s’aggrave, une réponse concrète prend forme. Le 22 juin 2025, le Village by CA de Dijon accueillait le lancement officiel d’Omedys en Côte-d’Or, avec une table ronde réunissant médecins, infirmières, urgentistes et représentants des usagers, autour d’un dispositif qui repense en profondeur la téléconsultation.
Ni borne, ni cabine : une autre idée de la télémédecine
Pour beaucoup de patients, la télémédecine, cela ressemble à ça : un patient seul face à un écran, depuis son salon ou sa chambre ou une cabine dans une mairie, qui tente d’expliquer ses symptômes à un médecin qu’il ne connaît pas. Une version déshumanisée de la médecine, qui a le seul mérite de pallier un manque flagrant de praticiens dans certains secteurs de France. Et puis, il y a Omedys et sa différente fondamentale, mettre l’humain au centre. Un fait qui explique l’enthousiasme palpable lors de la soirée du 22 juin.
Fondé par les docteurs Jérémie Goudour et Arnaud Devillard, Omedys est une Organisation territoriale de télémédecine (OTT), référencée par l’Assurance maladie. Son principe central : la téléconsultation n’est jamais réalisée seul face au médecin à distance. Un professionnel de santé, le plus souvent un infirmier, est systématiquement présent aux côtés du patient, avec une mallette d’équipements connectés permettant de mesurer les paramètres cliniques essentiels. Résultat : 80 % des présentations cliniques de médecine générale peuvent être traitées de façon complète et aboutie.
Le Dr Emmanuel Barra, qui pratique les soins à distance depuis un an au sein du dispositif, résume ce qui fait toute la différence : « C’est vraiment l’arme fatale : avoir un professionnel sur place, qui connaît le patient, qui peut nous orienter, qui peut nous dire comme certains infirmiers savent le faire : « Je ne sais pas, elle a une haleine bizarre, elle tremble différemment d’habitude. » C’est un élément indispensable pour prendre en charge un patient hors de son secteur habituel. »

Infirmiers et pharmaciens en première ligne
Jessica Tesson, infirmière à Châtillon-sur-Seine, incarne ce qu’Omedys appelle ses « relais d’accès aux soins ». Car dans le Châtillonnais, la situation est critique : « On a beaucoup de médecins sur le papier, mais ils ne se déplacent plus », témoigne-t-elle. Trois départs en retraite simultanés ont laissé de nombreux patients sans médecin traitant, et c’est précisément ce qui l’a poussée à chercher une solution.
Aujourd’hui, elle embarque sa mallette de téléconsultation dans ses tournées à domicile. L’organisation est rodée : arrivée dix minutes avant la consultation, mesure des paramètres, mise en relation avec le médecin. « En tout et pour tout, en incluant l’installation de la mallette, la prise en charge du patient, l’ordonnance et un point sur sa situation, ça prend un quart d’heure de préparation, puis un quart d’heure avec le médecin en ligne. En gros, une demi-heure. Car les patients, on les connaît, on va chez eux pratiquement tous les jours. »
Parmi ses patients, une dame de 95 ans en fauteuil roulant, dans l’impossibilité absolue de se déplacer. « C’est aussi une forme de dignité de ne pas avoir à le faire. » Jessica Tesson pointe la dimension humaine du dispositif : « Ce qu’on ressent, nous, professionnels sur place, c’est que les gens sont investis derrière leurs patients. C’est pas une visio simple avec des inconnus. On a vraiment l’impression d’être intégrés dans une équipe, et ça, c’est très important. »

Un moyen de faire face à une réalité : la saturation des urgences
Pour mesurer l’ampleur du problème que tente de résoudre Omedys, il suffit d’écouter le Dr Hervé Roy, médecin et Directeur du réseau des urgences de Bourgogne-Franche-Comté. « Le taux de recours aux urgences (le nombre de patients pour 100 habitants qui consultent sur une année. Ndlr) est en moyenne de 30 à l’échelle nationale. » Mais en Côte-d’Or, les écarts sont abyssaux selon les territoires : « Dans les zones favorisées, on est autour de 10 à 15 consultations pour 100 habitants ; dans les zones les plus défavorisées médicalement, on monte jusqu’à 50. Ces patients ne vont pas aux urgences par plaisir, mais parce qu’il n’y a pas d’offre de soins de ville. »
Second indicateur révélateur : les patients « relevant potentiellement de la médecine de ville. » Dans les zones bien dotées en médecins, 15 à 20 % des passages aux urgences pourraient être évités. Dans les zones défavorisées, ce chiffre grimpe à 50 %. La moitié des patients qui encombrent les couloirs des urgences n’auraient pas eu à s’y rendre si un médecin avait été accessible.
Le cas des résidents d’EHPAD cristallise particulièrement bien l’enjeu. « On reçoit, au centre de régulation, des appels des personnels d’EHPAD concernant leurs patients. Quand il n’y a pas de critère de gravité, mais qu’on n’a pas d’alternative, par défaut, on envoie une ambulance », explique le Dr Roy. Ces patients passent alors des heures sur un brancard, avec des conséquences bien documentées. « Des études ont prouvé que pour les personnes âgées, rester plusieurs heures sur un brancard augmente la mortalité de 10 à 15 %. »
Le Dr Barra, quant à lui, confirme l’efficacité du dispositif sur ce terrain précis : « Sur l’activité EHPAD et gériatrie dans notre structure, environ 80 % des appels vers Omedys aboutissent à des patients maintenus sur place, uniquement parce qu’ils ont pu voir un médecin. » Une statistique qui parle d’elle-même.

Pour les associations de patients, Omedys doit grandir
Gilles Castaing, représentant des usagers au sein de France Assos Santé, constate chaque jour les difficultés de ses concitoyens. Il rappelle un chiffre de l’Assurance maladie au 1er janvier 2026 : 12 % des assurés en Bourgogne-Franche-Comté n’ont pas de médecin traitant. Or, face aux bornes de téléconsultation en libre-service contre lesquelles son association mène un lobbying actif auprès des élus, il voit dans Omedys une approche radicalement différente : « Ce qui me plaît dans votre offre, c’est que le patient n’est pas seul. Il est accompagné par un professionnel de santé qui souvent, le connaît et crée ce lien social essentiel dans la médecine. Une personne en souffrance a besoin de quelqu’un à ses côtés. »
La question des données personnelles de santé, soulevée par M. Castaing, reçoit une réponse claire du Dr Goudour : les données sont hébergées en France, dans un logiciel agréé, accessibles uniquement au patient, au médecin et à l’infirmière, xactement comme chez un médecin traitant classique, avec en plus l’accès au Dossier médical partagé pour assurer la continuité des soins entre les différents médecins du réseau.

Le Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne : une banque mutualiste engagée pour l’accès à la santé
« La question peut se poser : qu’est-ce que vient faire le Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne ici ? » C’est Laurent Haro, Directeur général adjoint, qui formule lui-même l’interrogation et la réponse tient en quelques mots : responsabilité territoriale. En 2023, le Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne a lancé ses pactes territoriaux, en interrogeant l’ensemble de ses élus (administrateurs des 83 caisses locales sur les quatre départements) sur les priorités du territoire. Plus de la moitié ont désigné la santé comme combat prioritaire. « J’ai appris à cette occasion que 50 % de nos communes sont considérées en désert médical, et contrairement à ce que je pensais, c’est dans l’Yonne que la situation est la plus critique », confie Laurent Haro. « Certains maires parlent d’insécurité sanitaire. »
La banque mutualiste a depuis structuré quatre axes d’action concrets : le soutien à la téléconsultation assistée (21 000 téléconsultations réalisées l’an dernier sur ses quatre départements), l’accompagnement au financement de maisons médicales, le développement de résidences seniors en zone rurale, et des solutions pour favoriser le maintien à domicile des personnes âgées.
Le Village by CA de Dijon, où s’est tenue la soirée, illustre une autre dimension de cet engagement : héberger et accélérer des start-up de la santé, pour que l’innovation reste ancrée dans les territoires. « Coopérer pour innover car l‘État ne peut pas tout résoudre, et nous, en tant qu’entreprise de territoire, nous avons une responsabilité là-dessus ». Une phrase qui résonne particulièrement dans une région où, selon les propres mots du représentant des usagers présent ce soir-là, des citoyens renoncent encore à se soigner faute de pouvoir trouver un médecin.








