
A la Distillerie Saint-Loup, la quintessence d’un succès
Lancée par deux amis d’enfance en 2023, la distillerie Saint-Loup s’est déjà imposée comme une nouvelle référence dans le paysage des spiritueux aubois. Avec un gin médaillé deux années de suite à Paris, un pastis en ruptures de stock régulières et un prix aux Trophées du Commerce de la CCI de l’Aube, Etienne Gatouillat et Grégory Simon enchaînent les récompenses. Un succès mérité, car les deux hommes ont su allier la passion de l’artisanat et l’amour du travail bien fait, avec un succès économique à la clé.

Une double reconversion réussie
Il y a quelque chose dans l’air de Mesnil-Saint-Loup. Une odeur de cuivre chaud, de plantes macérées, de canne fermentée qui se mêle aux senteurs de la forêt des collines de l’Aube. Son origine n’est pas facile à trouver, car la Distillerie Saint-Loup se cache parmi les bâtiments agricoles du petit village où ses deux fondateurs sont nés. Mais à l’intérieur, le doute n’est plus permis, l’alambic, les tonneaux, les bouteilles prêtes à être expédiées indiquent que l’on est arrivés au bon endroit.
Difficile d’imaginer, en poussant la porte du hangar, qu’Etienne Gatouillat et Grégory Simon travaillaient encore, il y a deux ans, derrière un bureau d’études BTP et dans la distribution de machines à café. Enfants du même village, amis d’une vie, leur alliance s’est faite naturellement. « Nous nous connaissons depuis toujours, et c’est sans doute ce qui rend notre association aussi naturelle et solide », sourit Étienne. C’est à l’été 2023 que Grégory « met le feu aux poudres ». « Il m’annonce qu’il veut concrétiser son projet et créer une distillerie. Il avait déjà commencé à se former en distillation sur son temps libre et j’avoue que l’idée m’a immédiatement séduit. » La décision est prise en quelques semaines. Fin 2023, les deux hommes claquent la porte de leurs bureaux respectifs, se forment ensemble à la Brew Society de Rouen — un centre spécialisé qui forme brasseurs et distillateurs — et, le 1er février 2024, la Distillerie Saint-Loup voit officiellement le jour, dans leur village d’enfance. Là où tout a commencé.
Le loup ailé veille sur chaque bouteille
A partir de là, tout s’enchaîne à la manière d’une belle histoire entrepreneuriale. Le nom lui-même s’impose naturellement, sans besoin de chercher midi à quatorze heures. « Le loup est profondément ancré dans l’histoire de Mesnil-Saint-Loup. Symbole de force et de mystère, il incarne parfaitement notre approche : respecter la tradition tout en y apportant une touche d’innovation et de caractère. » Ainsi, sur chaque bouteille, un loup aux ailes d’ange fixe le visiteur comme une promesse que ce qui sort de cet alambic ne ressemblera à rien de connu, à une association inattendue, à un concept fou, comme celui de faire du rhum dans l’Aube.
Car faire du rhum dans l’Aube, ça interpelle. « Et c’est justement ce qui nous plaît ! Nous travaillons à partir de mélasse de canne, ce qui donne un caractère plus pâtissier que le rhum agricole, avec une palette aromatique intense typée jamaïcaine — un style rare en France métropolitaine. » Le vieillissement du rhum blanc en fût est déjà en réflexion pour produire, à terme, un rhum vieux digne de ce nom. Ainsi, à la distillerie, chacun a trouvé sa place sans avoir besoin de la négocier. Grégory est à l’alambic — il surveille, sent, goûte, décide, quand Étienne gère l’administratif, la communication, le commercial, et « vient en renfort sur la production quand c’est nécessaire ». « C’est une organisation qui nous convient parfaitement et qui nous permet d’être efficaces sur tous les fronts, même à deux. »
Chaque étape de la production est effectuée manuellement, de l’embouteillage à l’étiquetage. Ici, pas de chaîne automatisée, pas de cadence industrielle. Grégory surveille ses deux alambics en cuivre avec la dévotion d’un horloger. Il les a même baptisés, Robert et Gisèle, du nom de ses grands-parents. « C’est lui qui surveille les chauffe, prélève les échantillons, décide des coupes. Il aime cette liberté d’organiser son rythme de production comme il l’entend ».

Le gin comme marqueur de leur engagement local
Si la distillerie a démarré avec deux produits — un rhum blanc et un London Dry Gin — c’est le gin qui a d’emblée volé la vedette. Et on comprend vite pourquoi. Composé de 14 plantes et aromates, il sent le jardin de fin d’été : camomille, sureau, tilleul, pin sylvestre, Douglas… La grande majorité des plantes utilisées est cultivée et récoltée à Mesnil-Saint-Loup même, grâce à Clarisse Simon, femme de Grégory, qui a lancé en 2021 Grelinette et Plantations, une activité de production de plantes aromatiques. « L’avantage est que nous sommes certains de la provenance et de la qualité des plantes qui entrent dans la macération », souligne Étienne. Seule la baie de genièvre, indispensable à tout London Dry Gin, échappe encore partiellement au circuit local car la production sur place ne suffit pas encore à couvrir les besoins. Tout le reste vient des environs de Ménil-Saint-Loup, ses champs, ses haies, ses forêts.
Une fois les plantes rassemblées, la distillation s’effectue dans l’alambic en cuivre à repasse, complété d’un panier aromatique qui vient saturer le spiritueux de parfums floraux avant même la première gorgée. Le résultat a convaincu les jurys les plus exigeants : le gin est médaille d’or au Concours Général Agricole de Paris en 2025, puis en 2026. « Ce qui est une vraie fierté », reconnaît Étienne. Une médaille d’argent au Concours International de Lyon complète ce palmarès.
Le premier pastis de l’Aube : six mois de travail pour un best-seller inattendu
En 2025, la gamme s’élargit : rhum vanillé, rhum ambré, eau tonique artisanale sans alcool pour accompagner le gin sans alcool… Mais c’est un ovni aubois qui crée la vraie surprise : le premier pastis jamais élaboré dans le département. « C’est un défi que nous nous sommes lancé : créer le premier pastis de l’Aube, plus léger que la boisson originale, avec d’autres plantes venant atténuer la base classique d’anis et de réglisse. » Six mois de tâtonnements, d’ajustements, de dégustations à l’aveugle seront nécessaires avant que la recette ne soit à la hauteur des attentes des deux créateurs. Aujourd’hui, ce pastis est le produit le plus vendu de la distillerie, avec des ruptures de stock récurrentes. « Il marie harmonieusement l’anis étoilé et des plantes locales pour révéler des notes florales envoûtantes. » Personne ne l’avait vu venir. Pas même eux.
D’autant que si leur produits sont distribués par des cavistes et des épiceries fines de l’Aube et d’ailleurs, Etienne et Grégory vendent à 50 % en direct, via leur boutique en ligne, les salons, les marchés… Et les chiffres parlent pour eux-mêmes : 3 000 bouteilles produites en 2025, 6 000 visées pour 2026. À moyen terme, l’objectif est d’atteindre les 10 000 bouteilles par an.

Une trophée de l’Entrepreneuriat mérité
C’est dans cette dynamique que la Distillerie Saint-Loup a reçu l’une des distinctions les plus porteuses de sens dans son jeune parcours. Lors de la deuxième édition des Trophées du Commerce organisée à la Chambre de commerce de Troyes, Etienne et Grégory ont reçu le prix de l’entrepreneuriat « Être récompensés par nos pairs, par des acteurs économiques locaux qui connaissent les réalités du terrain, c’est différent d’une médaille lors d’un concours de dégustation, même si celles-ci comptent énormément aussi ! Cela valide notre démarche : créer des spiritueux innovants, avec des recettes aux arômes uniques et une identité visuelle forte, dans un territoire qui n’avait pas encore de distillerie de cette nature. » Et de conclure, avec la sincérité de ceux qui savent d’où ils viennent : « C’est aussi une belle visibilité pour notre distillerie et pour l’Aube, dont nous sommes fiers d’être des ambassadeurs. C’est pourquoi nous sommes très reconnaissants au Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne et à la CCI pour ce soutien aux entrepreneurs locaux. »







