
Investir dans une forêt, c’est préserver la biodiversité… mais pas que !
En plein cœur de la Puisaye, dans l’Yonne, une forêt de 1 381 hectares a récemment été acquise par un consortium d’investisseurs, dont Amundi Immobilier et le Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne. Une opération qui soulève plusieurs questions : pourquoi des acteurs financiers s’intéressent-ils à une forêt ? Préservation de l’environnement et rentabilité économique peuvent-ils s’associer ?

Une forêt aux ressources exceptionnelles
Tout commence dans l’Yonne. Ici, la forêt de la Bruyère, située près de Toucy, se distingue par ses sols d’une qualité rare. Classés à 82 % comme « excellents » pour la production de bois d’œuvre, composée à 95 % de feuillus, dont 90 % de chênes. Cette essence dominante est particulièrement prisé pour sa durabilité et sa valeur marchande, d’autant plus lorsqu’il s’agit de chêne sessile, plus résistant aux aléas climatiques. Au total, la forêt abrite 125 000 m³ de bois pour une valeur estimée à 43,8 millions d’euros ! Mais pas question pour autant de l’exploiter sans vergogne : ces caractéristiques en font un actif à la fois économique ET écologique… si elle est correctement gérée.
Des investisseurs engagés dans la durabilité
Si l’acquisition a été menée par un groupement incluant Amundi Immobilier, via le fonds GFI Amundi Investissement Forestier, la Caisse régionale de Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne, et des investisseurs privés, elle est piloté par un spécialiste de ce type d’acquisition : France Valley. L’objectif pour tous ces financiers est clair : allier performance économique et gestion écologique. La forêt, déjà certifiée PEFC (« Program for the Endorsement of Forest Certification schemes » ou Programme de reconnaissance des certifications forestières), un label garantissant une gestion durable, devrait ainsi évoluer vers le label FSC (Forest Stewardship Council), plus exigeant mais à la hauteur des engagements qui doivent être pris pour ce lieu de biodiversité au cœur de l’Yonne.
Pour mieux comprendre :
Le PEFC certifie que la forêt est gérée de manière durable, en respectant des critères environnementaux, sociaux et économiques. Le FSC, quant à lui, impose des normes encore plus strictes en matière de protection de l’environnement et de droits des travailleurs.

Une gestion forestière innovante
Plusieurs manières de « gérer » une forêt existe à l’heure actuelle. Chacune d’entre-elles s’adapte aux caractéristiques propres au terrain concerné, mais aussi aux objectifs des propriétaires. Dans le cas de la forêt de la Bruyère, qui représente un investissement durable, le choix s’est porté sur une gestion « à couvert continu ». L’idée est d’éviter les coupes rases (ces îlots vidés de tous leurs arbres que l’on voit parfois en traversant les bois) pour favoriser la régénération naturelle.
La gestion à couvert continu, c’est :
- 5 % de la surface dédiée à des îlots de sénescence, soit des zones laissées au vieillissement naturel pour préserver la biodiversité.
- 20 à 30 m³ de bois morts conservés par hectare, qui permettent la vie des insectes et des champignons.
- 2 « arbres habitats » par hectare maintenus pour les oiseaux et les chauves-souris afin de ne pas priver la faune de ses lieux de vie et de reproduction.
- Un cloisonnement progressif (la création de chemins d’accès), avec 23 % de la forêt déjà cloisonnée en 2025 et un objectif de 100 % en 9 ans.
Pourquoi c’est bien ? Parce que la création de chemins permet de moins abimer les sols et la forêt lors de l’exploitation du bois.
Pourquoi toutes ses précautions ?
Eh bien, parce que cette forêt, sise dans la Vallée du Branlin, abrite plusieurs espèces protégées. Côté flore, l’osmonde royale et l’orchis à fleurs lâches et côté faune, le triton crêté et la rainette verte. Sans surprise, la forêt est donc située dans une « zone naturelle d’intérêt écologique, faunistique et floristique (ou ZNIEFF, magnifique acronyme pas facile à retenir). Une ZNIEFF, donc, est un territoire identifié pour son patrimoine naturel remarquable. La dénomination n’a pas de valeur réglementaire, mais elle a été retenue comme un élément supplémentaire justifiant la logique de préservation mise en place par les investisseurs.

Une rentabilité fondée sur le bois et le carbone
Malgré tout, qui dit investissement dit recherche de rentabilité. La forêt de la Bruyère est l’illustration que protection de l’environnement et rendement financier peuvent parfois s’entendre. Ainsi, la forêt génère des revenus grâce à la vente de bois… et peut-être bientôt, grâce aux crédits carbone ! En 2025, les 1 936 m³ de chêne exploités ont rapporté environ 460 000 euros. C’est la partie « visible » du rendement. La deuxième, en attente de validation, serait plus subtile mais pas moins intéressante : grâce au Label Bas Carbone, qui récompense les projets de réduction des émissions de gaz à effet de serre, la forêt viserait une commercialisation d’environ 1 000 tonnes de CO₂ par an.
Qu’est-ce que le Label Bas Carbone ?
Le Label Bas Carbone est une certification française qui permet de financer des projets de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il récompense les initiatives qui stockent du carbone, comme la gestion forestière durable, et permet de vendre des crédits carbone sur un marché régulé. Grâce à sa gestion à stock continu, la forêt de la Bruyère stocke davantage de carbone que les forêts gérées de manière classique… Une initiative bonne pour la planète qui est donc encouragée financièrement !
Un modèle pour les forêts françaises de demain ?
L’acquisition de la forêt de la Bruyère illustre une tendance vouée à se développer. L’investissement forestier se démarque comme un placement rentable, résilient et vertueux, capable de répondre aux enjeux climatiques tout en générant des revenus. Ainsi, à l’avenir, les gestionnaires prévoient d’étendre le cloisonnement, d’obtenir le label FSC et de développer les crédits carbone. Une initiative qui mérite que l’on s’y arrête, tant les attentes sont nombreuses chez les citoyens, de voir la nature qui les entourent préservée.







