
Aux Jardins de mon Moulin, chaque parcelle raconte une histoire
À Thonnance-lès-Joinville, en Haute-Marne, Philippe Lefort a transformé un coteau à l’abandon en un labyrinthe végétal de douze espaces thématiques, labellisé « Jardin remarquable ». Douze chambres de verdure, une collection de pivoines, une faune en liberté totale, et bientôt de nouveaux équipements grâce au soutien de la Fondation AGIR du Crédit Agricole. Visite guidée d’un jardin pensé comme une signature.
Le portail à peine franchi, le visiteur laisse derrière lui la route et le village pour entrer dans un autre monde. Ici, pas de grande allée unique, ni de perspective imposée d’emblée : le jardin se dévoile par fragments, chambre après chambre, chacune conçue comme une pièce à part entière. « C’est plutôt des jardins dans un jardin, résume Philippe Lefort, le créateur des lieux. C’est un jardin à thème. » Vingt ans plus tôt, il n’y avait pourtant rien d’autre ici que la forêt et un coteau en pente. Aujourd’hui, l’endroit s’étend sur plusieurs milliers de mètres carrés et compose l’un des sites les plus originaux de Haute-Marne.

Un jardin construit comme un dédale
Dans les Jardins de mon Moulin, tout est parti du moulin, donc, mais surtout d’un vieux noyer, seul arbre debout à l’origine du projet, autour duquel Philippe Lefort a tracé ses premiers chemins. « C’était mon seul point de repère et il faut beaucoup de perspective dans un jardin : quand on arrive quelque part, il faut avoir un beau coup d’œil à différents endroits. » De ce tracé initial sont nées, au fil des années, une douzaine d’ambiances distinctes.
Le jardin de fleurs blanches déploie ses hortensias (l’une des quatre mille variétés recensées sur le site) autour d’un petit kiosque. Le jardin médiéval reconstitue les codes du genre : un verger d’arbres fruitiers, des carrés de plantes médicinales, aromatiques et tinctoriales, ainsi qu’un puits, que Philippe Lefort a creusé lui-même. Le cloître de verdure invite à s’asseoir sur un banc pour écouter l’eau couler, un livre à la main. Viennent ensuite le jardin de graminées, les plates-bandes à l’anglaise, le jardin aquatique où se croisent poissons et nénuphars, et une roseraie composée de cinq cents rosiers, mêlant roses anglaises, roses anciennes et rosiers lianes. « Chaque jardin est différent suivant les endroits où l’on se trouve et les époques de l’année », précise le jardinier. Une diversité qu’il revendique comme une signature personnelle plus que comme un simple catalogue végétal. « Vous savez ce qu’on dit. Montre-moi ton jardin, je te dirai qui tu es. »

Vingt ans d’une collaboration florissante
À son arrivée sur ce terrain, il y a un peu plus de vingt ans, Philippe Lefort a tout a faire. Le jardin s’est construit parcelle après parcelle, au gré des opportunités, jusqu’à réunir dix-sept parcelles autour de l’ancien moulin. « On est parti de rien », résume-t-il volontiers. Très vite, il choisit de ne pas porter seul cette aventure et s’associe à sa voisine, Odette Hancer, aussi passionnée que lui par les plantes. Ensemble, ils fondent l’association des Amis des Jardins de mon Moulin (devenue les Jardins de mon Moulin) qui structure encore aujourd’hui la gestion du site : à Odette la présidence et l’accueil des visiteurs, à Philippe la conception, les plantations et la supervision de l’entretien quotidien du jardin, fait par les deux salariés de l’association. Ce choix de gouvernance partagée n’est pas anodin pour Philippe Lefort, soucieux de ne jamais mélanger sa position de propriétaire des lieux avec celle de dirigeant de l’association. Un binôme qui, plus de vingt ans après ses débuts, continue de dispenser ensemble conseils et anecdotes aux visiteurs venus découvrir le fruit de leur travail commun.

La reine pivoine et une biodiversité qui prend son temps
Impossible d’évoquer le lieu sans s’arrêter sur sa collection de pivoines, l’une des plus reconnues du pays. Les Jardins de mon Moulin rassemblent trois collections nationales répertoriées auprès du Conservatoire des collections végétales spécialisées : les pivoines françaises du XIXe siècle, les pivoines horticoles herbacées et les pivoines Itoh. Selon les comptages et les années, le nombre de variétés oscille entre plusieurs centaines et un millier. « On n’est pas loin de 1 000 variétés de pivoines, on est à peu près au maximum de ce qu’on peut faire, faute de place. » La floraison, concentrée sur six semaines entre mai et juin, impose de fermer cette partie du jardin le reste de l’année.
Autour des massifs, de nombreux habitants. Paons, cygnes, bernaches, oies et canards évoluent ici en totale liberté, tandis que quatre ruches produisent le miel du domaine. Des animaux que Philippe Lefort a choisi… et vite rejoints par d’autres. « À partir du moment où l’on recrée un biotope, les animaux viennent naturellement : un mur en pierre sèche attire vite des lézards, un point d’eau attire des grenouilles. » Mais les choses se font petit à petit. « Il faut laisser le temps au temps, entre la plantation et le moment où la végétation prend forme, cela demande plusieurs années. C’est ce qui rend le jardinage ingrat par moments, mais c’est aussi ce qui en fait la passion. »

Un lieu du vivant… et de la vie !
Le jardin ne vit pas seulement de ses floraisons. L’association organise régulièrement des soirées événementielles pour se faire connaître et diversifier ses ressources. Ce type de rendez-vous génère peu de marge, mais il permet de faire venir un public qui ne se serait pas déplacé spécifiquement pour visiter les jardins. « Ces soirées permettent d’attirer des visiteurs qui découvrent le jardin à cette occasion et peuvent ensuite y revenir », note Philippe Lefort. Une manière, aussi, de faire vivre du moulin un lieu de vie, autour de la terrasse aménagée au bord de l’eau, au milieu des canards et des oies. Mais l’association ne compte pas s’arrêter là et souhaite proposer chaque année des nouveautés pour attiré davantage de public.
Ainsi, l’une des serres prochainement changer de vocation pour devenir un volière et accueillir de nouveaux oiseaux d’ornement, en complément des paons, cygnes, bernaches, oies et canards qui évoluent déjà en liberté sur le site. Un aménagement pensé pour « attirer davantage les familles et les enfants », dans la continuité d’un jardin où la présence animale occupe une place importante à côté les massifs floraux.

Pour grandir, le jardin a besoin d’infrastructures supplémentaires
Le prochain chantier des Jardins de mon Moulin concerne l’accessibilité du site : l’association prépare l’installation de toilettes classiques et de toilettes adaptées aux personnes handicapées, dans un jardin globalement pensé pour être accessible à tous. Le coût total du projet est estimé à environ 12 000 euros, entre le terrassement, la plomberie, l’appareil lui-même et les finitions. C’est dans ce cadre que Philippe Lefort a sollicité la Fondation AGIR du Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne. Son soutien sur ce projet serait un appui bienvenu pour les Jardins de mon Moulin.
Pratique : préparer sa visite
Les Jardins de mon Moulin se trouvent D60, 52300 Thonnance-lès-Joinville, en Haute-Marne, entre Chaumont et Saint-Dizier. Le site est ouvert de 10 h à 12 h et de 14 h à 18 h30 les jeudi, vendredi, samedi, dimanche et jours fériés ; les lundi, mardi et mercredi, la visite se fait uniquement sur rendez-vous.
Le tarif adulte est de 8 euros, celui de l’enfant de 3 à 12 ans de 5 euros ; un abonnement à 24 euros donne accès au jardin pendant toute la saison, et les groupes scolaires bénéficient d’un tarif pédagogique de 7 euros par enfant. Les groupes doivent réserver au préalable. E
n raison de la présence d’animaux en liberté, les chiens ne sont pas admis, à l’exception des chiens guides d’aveugles, et le pique-nique n’est pas autorisé sur place.
La période à privilégier pour la floraison des pivoines se situe entre mi-mai et mi-juin.
Contact : 06 79 50 74 92 — lesjardinsdemonmoulin@wanadoo.fr.







