
Le T, l’incubateur qui concrétise les projets à impact
L’Incubateur T, c’est une structure pas comme les autres qui accompagne chaque année une dizaine de porteurs de projet à vocation sociale, environnementale ou territoriale. Sa promesse ? Neuf mois pour transformer une idée engagée en structure viable, avec à la clé un accompagnement collectif et un soutien de partenaires locaux, dont le Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne. Deux entrepreneurs qui viennent d’achever leur parcours, Élodie Lanaud et Quentin Lepère, racontent ce que ce dispositif leur a apporté, et pourquoi il fait la différence pour des initiatives à taille humaine.

Qu’est-ce que Le T, l’incubateur de l’économie sociale et solidaire en Bourgogne ?
Le T est un incubateur d’innovations sociales porté depuis 2020 par France Active Bourgogne et copiloté avec Active, le pôle de l’économie solidaire, et la Fédération des foyers ruraux de l’Yonne. Sa vocation est de favoriser l’émergence d’une économie plus respectueuse de l’humain et de l’environnement, avec des entrepreneurs qui placent l’impact social ou écologique de leur projet au cœur de leur motivation, avant sa seule rentabilité.
Chaque année, dix à douze projets individuels, collectifs ou portés par des structures déjà existantes, sont sélectionnés pour les neuf mois d’incubation, qui comprennent un suivi personnalisé, un accompagnement à la recherche de financements et la prise en charge partielle de certains frais d’expertise. Les critères de sélection sont exigeants, car il est demandé aux candidats un ancrage réel sur le territoire, mais aussi de proposer innovation à impact social, environnemental ou territorial, et de prévoir un modèle économique marchand ou hybride ayant vocation à atteindre l’équilibre. Depuis son lancement, l’incubateur a soutenu des projets aussi variés que le réemploi textile, l’insertion par l’activité économique, l’alimentation locale, la mobilité douce ou encore le lien social en milieu rural.
Élodie Lanaud et Quentin Lepère viennent tous deux d’achever leur parcours au sein de la sixième promotion de l’incubateur. Elle, porte Les Ateliers Forme 21, un dispositif de sport-santé itinérant en milieu rural dans un Bus Tonique. Lui, porte l’Armoire Commune, une bibliothèque d’objets à Dijon. Des projets très différents, qui ont pu grandir et se confronter ensemble aux réalités du terrain.

Neuf mois pour prendre son envol
Durant toute l’incubation, le programme alterne séminaires collectifs et suivi individuel avec un rythme soutenu. « On avait un séminaire de deux jours toutes les trois semaines, sur des thématiques différentes, aussi bien le marketing, l’étude de marché, l’ancrage, la communication que la posture managériale ». Entre ces sessions, chaque incubé bénéficie d’un rendez-vous individuel avec son coordinateur. « Ce qui fait qu’on a un vrai suivi et, aussi, un vrai challenge sur ces neuf mois car on devait rendre des comptes sur notre travail. »
La force de l’incubation, c’est justement l’alliance de ces moments d’échanges et de ces temps personnalisés. La diversité des profils réunis dans chaque promotion devient alors une richesse. « Il y a des parcours très, très différents », explique Quentin Lepère. « Pour nous, c’est ça qui est intéressant. On est avec des personnes de tout âge, aussi bien des jeunes, des retraités… On est moins dans l’entre-soi qui peut exister dans une entreprise ». Un mélange qu’il oppose à ses précédentes expériences professionnelles. » J’ai travaillé pendant huit ans dans l’industrie et, dans des vases clos comme ça, les façons de penser sont un peu toutes les mêmes au bout d’un moment ».
Mieux, cette diversité nourrit directement les projets. « On chipe parfois des idées dans les projets uns des autres », avoue Élodie Lanaud, qui raconte s’être appuyée sur l’expérience de Quentin, entré dans le parcours un peu avant elle. « Il avait un temps d’avance sur moi, dans la construction de ses statuts notamment. J’ai pu lui demander s’il voulait bien m’apporter son expérience, comment il avait vécu certaines difficultés. En fait, ça m’a permis de dédramatiser mes étapes. »

Rompre l’isolement de l’entrepreneur, sans nier ses difficultés
Le T se distingue aussi par sa manière d’aborder le sujet de la charge émotionnelle et financière de l’entrepreneuriat, souvent gérée en solitaire. Quentin Lepère a intégré l’incubateur en partie pour cette raison. « Avoir un cadre, un accompagnement régulier qui permette de se fixer des objectifs, mais aussi le côté collectif pour s’aider les uns les autres, c’est essentiel. Parce que ce n’est pas toujours évident comme parcours, il y a toujours des coups de mou. » C’est aussi ce qui a marqué Élodie Lanaud. « L’implication émotionnelle est parfois difficile à gérer, encore plus que la solitude pour moi. Les déceptions, ou même le stress par rapport à la situation financière, c’est ce que j’ai trouvé le plus difficile. Ça me rendait vraiment angoissée et cela m’a parfois immobilisée dans mon projet. »
Ce sont précisément ces difficultés partagées qui, pour les deux incubés, font la force du collectif. « On est confronté aux mêmes problèmes, alors, autant en discuter. Cela permet souvent de dédramatiser, de se sentir moins isolé dans ses difficultés », résume Quentin Lepère, soutenu par Élodie. Pouvoir « mettre sur la table » ses hésitations et recueillir le retour du groupe avant de trancher a été, pour elle, l’un des apports les plus concrets du parcours.
Deux projets pour des besoins réels et des engagements durables
Les deux projets illustrent bien la diversité des réponses apportées aux besoins des territoires bourguignons. Le Bus Tonique d’Élodie Lanaud consiste à faire venir l’activité physique et le sport santé dans les collectivités rurales et les entreprises, « là où il n’y en a pas, ou là où il peut y avoir un complément ». Le projet se décline en quatre formats : activités hebdomadaires régulières auprès de publics vulnérables ou de salariés d’entreprise, ateliers thématiques (sport et ménopause, reprise du sport après 60 ans…), tournées événementielles, et stages d’insertion professionnelle par le sport, menés notamment avec la Mission locale de Dijon et le Clubhouse. L’enjeu de fond, insiste-t-elle, est aussi collectif : « quand on voit les statistiques, on comprend que les risques à long terme de la sédentarité nécessitent de prendre le sujet en main, c’est vraiment indispensable ». Une question de santé publique, qu’elle espère pouvoir attaquer à son niveau, en allant au plus près des publics qui en ont besoin.
Avec L’Armoire Commune, c’est à un autre enjeu d’avenir que Quentin Lepère s’est intéressé. Il propose une bibliothèque d’objets à Dijon, autrement dit, un service de prêt de matériel utilisé occasionnellement, pour du bricolage, du jardinage, du nettoyage, de la cuisine. L’objectif : partager plutôt que de multiplier les achats individuels. Lancé début mai, le service compte déjà une centaine d’objets au catalogue, alimenté par des achats d’occasion puis, de plus en plus, par des dons. « Une des valeurs ajoutées de l’association, c’est de vérifier entre chaque emprunt que le matériel fonctionne encore, et de le réparer si besoin ». La structure complète ce service par des ateliers de réparation et vise à terme la création d’un poste salarié pour pérenniser son fonctionnement. Les deux porteurs de projet insistent d’ailleurs sur l’importance de la disponibilité pour réussir ce type de parcours.

Le Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne, conseiller financier des projets engagés
Aux côtés de France Active Bourgogne, le Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne figure parmi les partenaires historiques du T, aux côtés de la Région Bourgogne-Franche-Comté, du Département de la Nièvre et de la Banque des Territoires. L’incubateur met notamment à disposition des porteurs de projet un outil gratuit de création de business plan, développé avec le Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne. Une manière concrète, pour la banque régionale, d’accompagner en amont la construction financière des futures structures. Quentin Lepère confirme l’importance de ce type d’expertise financière dans le parcours d’incubation : « il y a deux séminaires dédiés au plan de financement et au modèle économique en général et le groupe a pu être accompagné par des experts qui manipulent beaucoup mieux les chiffres que nous. » Le but pour eux est alors de tester la solidité de leurs prévisionnels à trois ans.
Pour les porteurs de projet de l’économie sociale et solidaire, souvent confrontés à une équation économique plus fragile que celle d’une entreprise classique, cette double expertise s’avère décisive. D’autant que les projets accompagnés par Le T doivent parvenir à un modèle économique en grande partie autofinancé, avec le moins de dépendance possible aux subventions, dans un contexte où celles-ci se raréfient.
En permettant à des initiatives comme Les Ateliers Forme 21 ou l’Armoire Commune de structurer solidement leur montage financier dès leur incubation, le Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne participe ainsi, à sa manière, à faire vivre des solutions concrètes sur des territoires ruraux souvent en tension face à l’éloignement des services, qu’ils soient sportifs, sanitaires ou économiques.






