
Manufacture Vincent-Petit : Chez les passeurs de lumière
À Troyes, la Manufacture Vincent-Petit est spécialisée dans la restauration et la création de vitraux. Dirigée par Flavie Serrière Vincent-Petit, conservatrice-restauratrice et artiste verrière, la manufacture œuvre pour la préservation du patrimoine verrier, intervient sur des chantiers classés en France et en Europe, et s’engage activement dans une démarche de transmission et de sobriété énergétique, accompagnée par les experts du service Transition Energétique et Climatique du Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne.
À Troyes, un atelier où la lumière se restaure
Dans une ville dont l’histoire est intimement liée à l’art du vitrail, la Manufacture Vincent-Petit, incarne une continuité vivante entre héritage médiéval et pratiques contemporaines. Ici, le vitrail n’est pas un simple objet patrimonial : il est une œuvre monumentale, fragile, inscrite dans un lieu, une architecture et un territoire.
À la tête de la manufacture, Flavie Serrière Vincent-Petit, conservatrice-restauratrice de vitraux, artiste et chercheuse, revendique une approche globale du métier. « Nous faisons de la restauration, la conservation de vitraux anciens et également de la création contemporaine. Ici, on prend vraiment soin des œuvres anciennes en vitrail. On va les restaurer pour leur redonner une nouvelle lisibilité, pour les redonner à voir et les protéger. » Ce travail, mené au sein de l’atelier troyen, s’inscrit dans une tradition artisanale ancienne tout en intégrant des exigences contemporaines, tant techniques qu’environnementales.
Restaurer un vitrail : un travail de géant et de fourmi
La restauration des vitraux anciens impose une double contrainte permanente : l’échelle monumentale des œuvres et l’extrême précision des gestes. « C’est un travail de fourmis et de géants, puisque l’on travaille sur des œuvres monumentales, parfois des centaines de mètres carrés, et en même temps sur un détail infime, où chaque fragment peut être cassé et doit être reconstitué sous loupe binoculaire ou microscope. »
La Manufacture Vincent-Petit intervient sur des vitraux classés au titre des Monuments historiques, nécessitant une parfaite maîtrise des techniques anciennes : dépose, nettoyage, restauration des verres et des plombs, consolidation, puis repose dans le respect de l’œuvre et du bâtiment.
Une part essentielle de ce travail repose sur la conservation préventive, une pratique aujourd’hui incontournable dans la préservation du patrimoine verrier. « On met en place un autre vitrail pour assurer l’étanchéité du bâtiment, et l’on repose les œuvres anciennes à l’intérieur. Cela permet de les protéger durablement. » Lorsque les lacunes sont trop importantes ou que seules subsistent des fragments, la création contemporaine vient accompagner l’œuvre ancienne, sans jamais la dénaturer.

Un acteur majeur des marchés publics et du patrimoine
La Manufacture Vincent-Petit travaille principalement dans le cadre des marchés publics, au service de l’État et des collectivités.
« Notre client principal, c’est l’État, puisque nous travaillons sur des biens classés et exclusivement en appels d’offres. Soit le propriétaire est l’État, soit ce sont les communes, pour les églises des petites villes et villages de France. »
Cette réalité ancre l’activité de la manufacture dans une logique de service public du patrimoine. Les chantiers menés concernent aussi bien des cathédrales que des églises rurales, en région Grand Est, en Normandie, à Paris, mais aussi à l’étranger, notamment en Belgique. Attachée à son territoire, l’équipe répond systématiquement aux sollicitations des communes de l’Aube.
« On s’emploie à faire du local et du plus loin, pour rester dans cet équilibre. » Cette articulation entre rayonnement national et ancrage territorial constitue l’un des marqueurs forts de l’identité de la manufacture.
Un lien étroit avec la Cité du Vitrail de Troyes
À Troyes, la Cité du Vitrail, installée dans l’Hôtel-Dieu-le-Comte, est devenue un lieu central de valorisation du patrimoine verrier de l’Aube. La Manufacture Vincent-Petit entretient avec cette institution un lien professionnel et patrimonial étroit. L’atelier a contribué à des projets liés à la présentation muséographique des œuvres, notamment par la conception d’éléments techniques et de serrurerie permettant l’exposition et la protection des vitraux. La manufacture est également intervenue sur des œuvres restaurées aujourd’hui visibles ou valorisées au sein de la Cité du Vitrail. Au-delà de la collaboration technique, ce lien illustre une vision commune : faire du vitrail un patrimoine vivant, accessible, compris et transmis au public.
Créer un écosystème complet autour du vitrail
Au fil des années, la Manufacture Vincent-Petit a structuré un véritable écosystème autour du vitrail, afin de maîtriser l’ensemble de la chaîne d’intervention. « Au départ, on était uniquement conservateurs-restaurateurs, puis on s’est dit qu’il fallait maîtriser tout l’écosystème pour sauver le vitrail. » L’entreprise s’est ainsi dotée de moyens internes importants : échafaudages, miroiterie spécialisée en monuments historiques, serrurerie, ateliers de création, équipes dédiées à la restauration, à la conservation préventive et aux chantiers sur site.
Cette organisation permet une cohérence technique, artistique et logistique, mais aussi une transmission collective des savoirs.
« On n’assure pas seulement la transmission d’un bâtiment, on assure la transmission des gestes et de l’intelligence collective autour de cet objet. On ne transmet pas un objet, on transmet le savoir-faire pour le conserver. »

Un métier historiquement engagé sur le plan environnemental
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, les enjeux environnementaux sont anciens dans le métier du vitrail. « Le verre est une matière recyclable. Le souci climatique et énergétique est ancré dans le métier depuis l’Antiquité. » Flavie Serrière Vincent-Petit rappelle qu’un contrat de 1502, conservé aux archives départementales de l’Aube, imposait déjà aux maîtres verriers de refondre les plombs anciens afin de ne pas utiliser de nouvelles matières premières.
Aujourd’hui, cette logique de sobriété trouve un écho particulier dans l’évolution des marchés publics.
« Vers 2029-2030, les entreprises seront mises en concurrence avec une prise en compte très importante de leur impact environnemental et sociétal. D’où l’importance d’être accompagnés pour répondre à cette évolution. » La Manufacture Vincent-Petit anticipe ces mutations, en intégrant la question énergétique et environnementale à sa réflexion stratégique. Elle a ainsi fait appel au Crédit Agricole de Champagne-Bourgogne, et plus précisément aux experts du service Transition Energétique et Climatique, pour être accompagnée dans cette démarche.
Transmission, mémoire et avenir du vitrail
Pour la Manufacture Vincent-Petit, la question de la transmission est centrale. Le XIXᵉ siècle a marqué une rupture dans la chaîne de savoir-faire du vitrail, obligeant les générations suivantes à tout réinventer. « Aujourd’hui, il ne faut pas refaire cette erreur. » Former, transmettre, documenter, préserver les gestes essentiels : autant de priorités qui s’inscrivent dans une vision à long terme, où le patrimoine n’est pas figé mais continuellement réinterprété avec rigueur.
À Troyes, la Manufacture Vincent-Petit incarne donc une approche exigeante et engagée du vitrail : restauration du patrimoine classé, création contemporaine, transmission des savoir-faire, responsabilité environnementale et ancrage territorial. À travers ses chantiers en France et en Europe, son implication dans la Cité du Vitrail et son attention portée à l’avenir des métiers d’art, elle s’affirme comme l’un des acteurs majeurs du secteur aujourd’hui.








